On aurait l'intuition que la langue a quelque chose à dire pas seulement dans la page mais dans le corps. Dans le corps dans lequel elle s'incarne. Que le corps est pour elle une douce torture. Qu'une fois la langue plantée dans le corps, il y aurait comme quelque chose qui se déroule en elle, qui s'enroule et qui se déroule autour du corps où elle s'est fiché, et qu'il faudrait la tordre dans tous les sens, comme un linge mouillé, pour en extraire du sens, du chaud et soulageant sens. Mais on ne serait jamais tout à fait soulagé. La poésie ne s'abrite pas dans les pages de poésie. Elle gît sous la langue des gens qui ne peuvent pas parler, qui s'agitent parce qu'ils ont une langue impossible plantée dans le corps, parce que l'impossible fait corps avec eux et fait danser le corps, n'importe où et n'importe comment. La poésie, ça serait ça, la danse de la langue dans le corps. Peut-être que tout ceci n'est pas vrai. Peut-être que tout ceci est une histoire. C'est en tous cas cette histoire-ci qu'on se raconte ici. Le procès-verbal d'une langue impossible plantée dans une série de corps choisis au hasard.

 Personnologueédition Le clou dans le fer, collection Expériences poétiques, Reims, 2007, 80 pages

Extrait (personnologue « Alias Osiris ») :

« Dans le hall d’entrée de la villa fortifiée décoré de trophées sportifs et d’une tête de cerf empaillée confortablement assis dans son fauteuil roulant entouré des ronds de fumée de son cigare monsieur Alias Osiris pense à la liberté de sa vie passée aux quatre coins du monde dans le hall décoré de trophées sportifs et d’une tête de cerf empaillée monsieur Alias Osiris se demande si toutes les portes de sa propriété ont bien été verrouillées il se demande comment libérer sa pensée verrouillée comment passer sa vie aux quatre coins du hall comment se libérer de la pensée que le hall d’entrée décoré de trophées sportifs n’a peut-être pas été fermé à clef monsieur  […]. »

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